A la découverte de Fatou Diome

« Les gens-là qui meurent sur les plages, et je mesure mes mots, si c’étaient des Blancs, la terre entière serait en train de trembler. Ce sont des Noirs et des Arabes, alors eux, quand ils meurent, ça coute moins cher » lança furieusement Fatou Diome, lors d’une émission télévisée sur France 2, dénonçant l’hypocrisie européenne.

Fatou Diome et ben voilà, il s’agit de cette Dame de Fer d’origine sénégalaise née en 1968 sur la fameuse île sérère appelée Niodior, située au Sud-Ouest du Sénégal. Élevée par une grand-mère aux convictions conservatrices, Fatou devra traverser vents et marées pour accéder à l’éducation, qui d’antan était en déphasage avec sa culture ancestrale. Elle se soumit dès lors à un rituel de cache-cache avec sa Mamie, lorsqu’elle décida d’aller à l’école et apprendre le français. Pilule qui était vraiment difficile à avaler pour sa grand-mère à l’époque, jusqu’à ce que son instituteur parvienne à convaincre son aïeule de la laisser poursuivre.

A l’âge de treize (13) ans, elle prend son aventure en main et décide d’aller exploiter d’autres horizons pour vivre son amour de la quête de la sagesse et de l’excellence. Elle finançait ses études secondaires au lycée de Mbour en travaillant comme Domestique en Gambie et finit par atterrir à Dakar pour son cycle universitaire.

Son divorce avec le système éducatif sénégalais prend effet lorsqu’elle rencontra un Français qui la maria et décida de l’amener avec lui en Hexagone.

Son aventure chez Marianne fut tumultueuse et loin de ses attentes lorsque sa belle-famille la rejeta. Deux ans après leur union, le jeune couple opta pour la rupture. Face à sa situation d’immigrée sur le territoire français elle courba l’échine pour pouvoir végéter et financer ses propres études jusqu’à la validation de son Doctorat de Lettres modernes sur Le Voyage, les Echanges et la formation dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembene Ousmane.

Parallèlement, Madame Diome n’a pas cessé de nourrir sa passion pour la langue de Molière. Elle s’essaye alors dans l’écriture et de manière quasi passionnante et fort artistique.  Allant jusqu’à dire « Écrire, c’est une façon de composer sa propre musique. : on arrange les mots, module son souffle, rythme sa pensée. Comme la musique l’écriture cherche une harmonie dans le chaos du monde. »

A travers ses textes, elle exprime un altruisme chaleureux pour l’être humain dans sa totalité. Sa revendication pour une équité sociale qui, pour cette Sérère de souche constitue une évidence surtout dans un pays comme la France où la Liberté, l’égalité et la Fraternité doivent être effectives et transversales dans la mesure où elles ont été le fruit d’un long processus dont ont participé les Tirailleurs Sénégalais.

Celle qui, à travers sa plume voyageant tout au long de sa dizaine d’œuvres, réprimande la Haine nourrit parallèlement par certains politiques animés de préjugés inconditionnels, ne cache pas sa détermination d’arriver à une paix sociale sans condition où tout le monde acceptera d’assumer sa position et oser considérer son alter comme il se doit. Forte de cette idéologie, La petite fille de Niodior avance des propos impulsifs à l’encontre de certains médias comme pour transcrire leur silence linéaire sur certains faits devenus habituels. « On montre les pauvres qui se déplacent, mais on ne montre pas les riches qui viennent investir dans nos pays. »

Cet aphorisme, le met face à Marine Lepen qui depuis bien longtemps reste sa cible. Cette dernière, tête de file du Front National, nourrit une idéologie nationaliste radicale. Ce qui poussa Fatou Diome à voir en elle la Haine et de réitérer que La Haine avait peur de l’Amour toujours dans ce vecteur de jet croisé de piquets aux Nationalistes Conservateurs…

Extrait d’Eurek’Afrique Magazine N°5 Juin 2017

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