Interview avec la jeune écrivaine Ndèye Marie Aida Ndiéguène

Interview avec la jeune écrivaine Ndèye Marie Aida Ndiéguène

La jeune écrivaine de 22 ans Ndeye Marie Aida Ndiéguène nous a accordé un entretien. C’était l’occasion de découvrir et de vous faire découvrir cette nouvelle étoile qui crépite dans le ciel littéraire sénégalais.

  • J’ai eu le plaisir de vous découvrir un peu par hasard sur les réseaux sociaux et c’est sans doute le cas pour certains de nos lecteurs. Alors c’est l’occasion de vous découvrir un peu plus à cette occasion. D’abord qui est Ndéye Marie Aïda Ndiéguène ?

Bonjour, permettez tout d’abord de vous remercier d’avoir porté votre choix sur ma modeste personne. En effet, de nombreuses personnes me connaissent à travers les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, Instagram, YouTube où je suis très active. J’aime communiquer et partager mes expériences. Disons que pour me définir, je dirais tout d’abord que je suis une étudiante comme les autres, passionnée de Génie Civil. Cependant, ce qui fait ma particularité, c’est que j’ai plusieurs casquettes. J’en ai même énormément au risque d’avoir une vie très animée et des journées très longues (rires).  Bref, vous m’avez surement connu virtuellement en tant qu’écrivaine tout dabord, car à mon âge, j’ai déjà publié deux romans : le premier « Un lion en Cage » est paru en Juin 2016 aux Editions Harmattan Sénégal. Grace à ce dernier, j’ai eu l’honneur de recevoir le ‘Grand Prix de la Première dame du Sénégal pour la promotion de la littérature Féminine. En Juillet 2017, j’ai réitéré l’expérience en publiant mon deuxième roman ‘Gemini’ aux même Editions.  J’ai eu le plaisir de recevoir d’autres prix littéraires telles que le prix ‘La Parole aux Etudiants’ ou encore le prix ‘Certamen de Literario’ décerné par l’Ambassade d’Espagne au Sénégal. Je suis également entrepreneure, je développe avec mon équipe des projets de constructions écologiques. Et pour finir, j’ai une association composée de jeunes qui s’engagent pour la sensibilisation de notre jeunesse sur des thématiques telles que le harcèlement scolaire. Il m’arrive aussi de donner des conférences. Cela parait fou d’avoir une vie pareille à mon âge, encore une fois, mais j’ai la conviction que si je ne m’engage pas maintenant je ne le ferai jamais. Voilà en résumé qui je suis, une hyperactive à fleur de peau, passionnée et intrépide, amoureuse  du monde.

  • Qu’est-ce qui a fait en sorte que vous aillez très tôt cette pulsion littéraire et cet amour des lettres ? C’est à travers l’entourage familial, amical, écolier ou juste comme ça, de nature ?

Disons que j’ai grandi dans un univers où les livres constituaient le principal décor. Maman est Professeur de lettres Modernes et passionnée de littérature. J’ai toujours eu des livres. Même quand je ne savais pas lire, je gribouillais à l’intérieur, je regardais les images. Et c’est comme ça, je pense, que cet amour de la littérature est né en moi. Puis, il y a mon père, qui en tant que journaliste, a eu la chance de découvrir les quatre coins de la planète et de nous ramener dans ses  valises des livres et des objets d’art qui nous émerveillaient. Disons alors que mon environnement familial m’a beaucoup aidé. A l’école, j’étais très souvent à la bibliothèque, j’avais trouvé dans les livres, des compagnons. Une façon de se libérer de ce monde, qui nous entoure et nous emprisonne parfois. Disons que ce déclic s’est fait en moi très vite ou certainement trop vite puisque, avoir écrit deux livres à mon âge me vaut souvent d’être perçue comme une extraterrestre. On s’y adapte cependant (rires).

  • Vous avez publié deux romans je rappelle, l’un étant paru récemment et intitulé Gemini ? D’abord pourquoi avoir choisi le genre romanesque et que signifie Gemini ?

Oui, en effet, comme je l’ai dit plus haut, j’ai écrit deux romans. Le premier s’intitule ‘Un lion en cage’ et le deuxième ‘Gemini’.  Pourquoi le style romanesque ? Parce que j’ai certainement envie de raconter des aventures humaines. J’ai toujours aimé en lire aussi. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que mes romans sont plutôt d’un style assez ‘mixte’ disons car j’ai fait le choix d’y intégrer de la poésie. C’est un genre que j’apprécie aussi beaucoup.

Pourquoi ‘Gemini’ ?

‘Gemini’, c’est encore dans le chant des métaphores. J’ai voulu exprimer encore une fois une idée de dualité. ‘Gemini’, en latin, gémeaux ou encore jumeaux. Le jumeau renvoie souvent à l’image du double, des deux faces et puisque je parle de l’histoire d’un jeune homme au destin sinueux et à la personnalité double. J’ai donc choisi ‘Gemini ». C’est le titre qui m’est venu naturellement.

  • Comment trouvez-vous le paysage littéraire sénégalais actuel et quelle participation devrait apporter les jeunes écrivains dans votre genre ?

Je trouve que l’univers littéraire sénégalais est de plus en plus riche. Nous retrouvons notre culture du livre même s’il reste des efforts conséquents à faire pour intéresser la jeunesse. En tant que jeune écrivain, notre rôle est d’amener nos contemporains à développer cette passion qui nous anime. En quoi faisant ? En nous aidant de support moderne et adapté pour faire passer des messages. On sait que 90% des jeunes sont tout le temps sur les réseaux sociaux et c’est bien grâce à ces derniers que vous me connaissez, c’est donc un moyen pour moi de vulgariser mon art. En aval, je fais aussi des chroniques littéraires sur YouTube, je suis donc Booktubeuse. Mon but est de répondre aux questions des jeunes relatives à la littérature et au métier d’écrivain. Mais aussi, de leur présenter mes lectures et de promouvoir les livres.

  • Est-ce qu’on pourrait s’attendre à ce que vous dépassiez le roman et peut-être aller jusqu’à la cinématographie ?

Oui bien sûr. Cela me tente beaucoup et fait partie de mes aspirations. Passer des mots à l’image, ce serait extraordinaire ! Je suis à la recherche de partenaires et de personnes compétentes. Donc chers cinéastes, si vous m’entendez …

  • Vous avez une idole ? Quelqu’un dont les écrits vous passionnent ou que vous imitez des fois dans votre manière d’écrire ?

Je n’ai pas d’idoles. Mais il y a des écrivains qui m’ont beaucoup marqué et qui sont des références tels que : Léopold S.Senghor, Mariama Ba, Aminata Sow Fall, Ken Bugul etc.  Tous ces écrivains et poètes qui ont marqué l’histoire de leurs empreintes.  Cependant, c’est sur le verbe ‘imiter’ que je bute. On ne peut pas imiter un autre écrivain comme on ne peut imiter un chanteur car les talents sont propres à chaque individu. Disons que l’on s’inspire des autres mais en gardant son propre style.

  • J’ai lu l’entretien que vous avez accordé au journal « Le Quotidien », publié sur leur site le 25 Mars 2017. Vous parliez notamment du journal intime que vous teniez dès la classe de CM2 et que vous corrélez à votre nature solitaire d’antan et votre besoin d’exprimer votre « ressenti ». Vous dites surtout : « J’avais un univers très particulier (…) c’était peut-être dû à ma façon de penser qui était trop étrange pour mon âge ». C’était comment cette façon de penser ? Vous êtes-vous sentie étrangère de ce monde comme cela peut arriver à certains écrivains ?

Oui, disons que j’avais un univers qui m’était propre et je l’ai toujours même si je me suis ouverte au monde. Mais je n’avais pas les mêmes centres d’intérêt que mes camarades. Cela m’a valu pas mal d’anecdotes très drôles. Des élèves avaient même dit à notre professeur de Français en classe de 6ème que j’avais appris le dictionnaire (rires) car j’utilisais des mots dont ils ignoraient le sens. Tout cela pour dire, que j’avais une tendance à me recroqueviller sur moi-même et l’écriture, le fait de tenir ce journal, me permettait d’exprimer tout ce qu’au final je ne pouvais dire ou ‘hurler’.

  • J’ai eu un aperçu aussi sur le monde entrepreneurial auquel vous vous ouvrez, on peut s’attendre à ce que vous créiez votre entreprise ou bien c’est déjà le cas ?

Oui disons que c’est déjà à peu près le cas. J’ai lancé, l’an dernier, ma Start Up ‘Ecobuilders Made in  Sénégal ». C’est une Start Up spécialisée dans les techniques de construction alternative notamment en matériaux issus de recyclage. Nous utilisons des pneus, bouteilles en plastique  sachets en plastique entre autres. Nous avons déjà réalisé un hangar test en matériaux recyclés dénommé « Gaindé » dans la zone de Kayar.

Je suis également Chargée, depuis peu, de l’Organisation du Salon National de l’Emploi des Jeunes que mon père organise depuis maintenant 20 ans. Notre but est de regrouper des Entrepreneurs, des Entreprises, des structures d’accompagnement. Ce salon aura lieu du 30 au 31 Janvier 2018 à la Place du Souvenir (Dakar).

  • En dehors de la littérature qu’est-ce qui vous passionne d’autre dans la vie ?

Plein de choses. Mais ce qui me passionne le plus c’est l’entreprenariat et l’innovation. J’aime l’idée de concevoir, de créer, de trouver des solutions simples à des problèmes qui semblent complexes. Sinon, j’aime beaucoup les voyages aussi. Disons que mon champ des passions est assez étendu.

  • Etudiante en Génie Civil qui aime les lettres ? On peut être assez perplexe par rapport a ces goûts un peu antagoniques que vous nourrissez. Vous qu’est-ce que ça vous inspire ?

Je suis dans la logique que je ne suis pas sur terre pour suivre une seule voie, que j’ai la capacité de développer plusieurs de mes facultés, que je ne suis pas obligée d’être soit littéraire, soit scientifique ; que je peux être qui je veux et cela tant que je le désire et que je m’en donne les moyens. Nous sommes des êtres pluriels alors pourquoi ne pas jouir de cette pluralité.

  • Vous êtes jeune et belle, vous commencez à avoir une certaine notoriété, alors la question qui me taraude est quelles sont vos relations avec les hommes dans les milieux que vous fréquentez (l’entrepreneuriat et la littérature) ? Êtes-vous mariée, en instance, en couple ou juste célibataire et point ?

Déjà, merci pour le compliment. C’est une bonne nouvelle (rires). Bon mes relations avec les hommes sont professionnelles. J’essaye de garder une certaine distance car je ne veux justement pas être vue selon mon apparence mais selon mes compétences et je pense que je l’ai assez bien réussi jusqu’à présent.

Non je ne suis pas mariée. Quand je le serai In’Shaa’Allah je vous inviterai (rires).

  • Quel est votre conception de l’homme parfait ?

C’est une question très difficile mais je pense que ma conception de la perfection réside dans l’imperfection. Mais disons que je préfère mes opposés de caractère c’est-à-dire les gens qui mènent une vie plutôt paisible. Les personnes apaisantes et qui surtout ont le don de faire rire.

  • L’équipe d’Eurek’Afrique (GalsenUnlimited group) est formée d’étudiants et de jeunes diplômés sénégalais du pays et de l’extérieur, qui ont le souci de la promotion du savoir et du leadership. Quel est votre message à leur endroit ?

Je vais d’abord vous féliciter pour ce beau travail que vous menez. Le fait de mettre en avant des jeunes comme moi, c’est  vraiment louable. Je vous exhorte à continuer et je souhaite que votre initiative et votre travail soient encore plus vulgarisés. Vous avez mon total soutien.

  • Ndeye Marie, merci de nous avoir accordé cette interview. Votre mot de la fin ?

C’est moi qui vous remercie encore une fois d’avoir porté votre choix sur ma modeste personne. C’est un honneur pour moi. J’ai passé un excellent moment et certaines questions m’ont arraché des sourires. Sinon, je pense que je vais terminer par un Alhamdulilah. Car je mesure chaque jour l’incroyable chance que j’ai à mon âge d’avoir accompli tout cela et j’espère que mon parcours inspirera d’autres jeunes !

Propos recueillis par Alioune Aboutalib LÔ

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